Je recherche du lien , une communauté, où on parle de tout avec du rire et du fun
Celles qui cherchent du fun, du lien et une communauté
« J'ai envie de rire et de partager entre filles »
Non, ce n'est pas juste « pour passer le temps »
La dernière fois que tu as vraiment ri avec une copine, pas un smiley, pas un « mdr » tapé du bout du pouce ...c'était quand, au juste ?
Vous avez un groupe de discussion. Il est actif, plein d'émojis, de mèmes, de « il faut absolument qu'on se voie ».
Et pourtant, la dernière fois où vous vous êtes vraiment retrouvées, en vrai, à rire jusqu'à ce que ça fasse mal au ventre, tu ne t'en souviens plus très bien.
Ce n'est pas un manque d'envie. Et ce n'est certainement pas un caprice, ni un supplément qu'on case uniquement quand tout le reste est réglé. Les relations sociales participent réellement à notre bien-être et pourtant, elles sont souvent parmi les premières choses qu'on reporte lorsque la vie se remplit.
Ce que la recherche dit, précisément
Face au stress, on connaît surtout la réponse dite de « combat ou fuite ». En 2000, la psychologue Shelley Taylor et ses collègues ont proposé un autre cadre pour mieux décrire certains comportements observés chez les femmes : le « tend and befriend », que l'on pourrait traduire par « prendre soin et rechercher le lien ». Leur hypothèse est que, dans certaines situations stressantes, le rapprochement social peut lui aussi participer à la régulation du stress. Les auteurs explorent notamment le rôle possible de l'ocytocine, des hormones sexuelles et des opioïdes endogènes dans ce processus.
Autrement dit : chercher la présence des autres lorsqu'on traverse une période stressante n'a rien d'anecdotique. Le soutien social peut faire partie des manières dont nous régulons ce que nous vivons.
Et rire ensemble n'est pas non plus anecdotique. Dans une petite étude utilisant l'imagerie par TEP chez 12 hommes en bonne santé, une séance de rire partagé entre amis a été associée à une libération d'opioïdes endogènes dans plusieurs régions cérébrales liées à l'émotion et au lien social. Les auteurs avancent que ce mécanisme pourrait contribuer au renforcement des liens sociaux. Le chercheur Robin Dunbar, de l'université d'Oxford, défend depuis plusieurs années l'idée que le rire humain pourrait jouer un rôle dans la création et le maintien des liens sociaux — un peu comme le toilettage mutuel chez les primates, mais capable de « toucher » plusieurs personnes à la fois.
Un lien qui compte, et qui se contracte pourtant
En France, la sociologue Claire Bidart, directrice de recherche au CNRS au LEST, a largement étudié l'amitié comme un lien social à part entière, avec ses propres dynamiques et ses transformations au fil des parcours de vie.
Et plus largement, les indicateurs d'isolement relationnel montrent que les liens sociaux se fragilisent pour une partie de la population. La Fondation de France suit depuis 2010 un baromètre de l'isolement relationnel. En janvier 2020, juste avant la pandémie, 14 % des Français étaient en situation d'isolement relationnel, contre 9 % en 2010. Sur cette décennie, le phénomène s'est également diffusé à des catégories jusque-là relativement moins touchées, notamment les jeunes et les classes moyennes supérieures.
Aux États-Unis, la contraction des réseaux amicaux est, elle aussi, bien documentée — et sur une période plus longue. Ces données américaines ne mesurent pas exactement la même chose que le baromètre français, mais elles indiquent elles aussi un rétrécissement d'une partie des réseaux amicaux : en 2021, 12 % des adultes déclaraient n'avoir aucun ami proche, contre 3 % en 1990. Un rapport ultérieur du même institut, publié en 2024, estimait cette proportion à 17 % — ce qui montre que cette contraction ne s'est pas résorbée après 2021. À noter, une précision méthodologique que les auteurs eux-mêmes soulignent : la comparaison avec 1990 doit être lue avec prudence, les modes de passation des enquêtes ayant changé entre-temps (téléphone, puis en ligne), ce qui peut influencer les réponses.
Et même sans transformer une statistique en diagnostic universel, une chose reste familière à beaucoup d'adultes, des deux côtés de l'Atlantique : une fois l'école, les études ou certains lieux de sociabilité derrière nous, les amitiés ont souvent besoin d'être davantage entretenues — et parfois provoquées — pour continuer à vivre.
Pourquoi ce lien-là passe si souvent à la trappe
1 — Ça ne semble jamais assez urgent
Un rendez-vous professionnel, un enfant malade, une course à faire : tout ça semble avoir une échéance. Voir une amie, elle, semble toujours pouvoir attendre la semaine suivante. Sauf que la semaine suivante, c'est pareil.
2 — Ça ressemble à un luxe, pas à un besoin
Beaucoup de femmes rangent le temps entre copines dans la même case que les loisirs superflus — alors que les relations sociales comptent réellement dans l'équilibre psychologique et le sentiment de soutien.
3 — On ne sait plus très bien comment provoquer le moment
Enfant, beaucoup d'amitiés naissent dans des cadres répétés — même classe, même quartier, mêmes activités. À l'âge adulte, ces occasions automatiques sont souvent moins nombreuses. Il faut davantage initier, proposer, caler — ce qui peut devenir un frein en soi.
Ce que ça ne veut pas dire
Ça ne veut pas dire que tu dois retrouver dix copines chaque semaine, ni culpabiliser de ne voir personne en ce moment.
Ça veut dire que ce besoin de lien mérite d'être considéré comme une vraie composante de ton équilibre — pas comme ce qu'on garde pour la fin, une fois que tout le reste est fait.
Et pourquoi parfois, spécifiquement, « entre filles » ?
Pas parce que les femmes seraient incapables de trouver du soutien ailleurs. Mais certaines conversations ont une fluidité particulière quand elles se déroulent avec des personnes qui reconnaissent immédiatement certaines expériences : rapport au corps, maternité, couple, travail, âge, charge mentale, injonctions diverses.
Il y a des moments où ne pas avoir à tout contextualiser fait déjà, en soi, beaucoup de bien.
Quelques façons concrètes de recommencer
1- Être celle qui provoque le moment
Attendre qu'une amie propose en premier peut durer des mois, des deux côtés à la fois. Envoyer le message, fixer une date, même sans occasion particulière — quelqu'un doit commencer, et ça peut être toi.
2- Réduire la barre d'entrée
Pas besoin d'un dîner de trois heures organisé un mois à l'avance. Un café de trente minutes, un appel en marchant, une série regardée en visio chacune de son côté — le lien se construit aussi dans des formats courts et simples.
3- Donner une forme au « faudrait qu'on se voie »
« On se cale ça bientôt » est parfois le cimetière officiel des amitiés adultes. Transformer l'intention en date — même loin, même courte — suffit souvent à faire passer le lien du souhait à la réalité.
4- Accepter que certaines amitiés changent de forme
Une amitié qui se voyait tous les jours à vingt ans et qui se voit trois fois par an à trente-cinq n'a pas disparu. Elle a juste changé de rythme. Ce n'est pas un échec, c'est une évolution normale.
5- Chercher aussi du côté des nouvelles rencontres
Toutes les amitiés ne viennent pas du passé. Un cours, une activité, une communauté en ligne ou réelle peuvent aussi devenir un vrai terrain de rencontre — sans qu'il y ait besoin d'un historique de dix ans pour que ça compte.
Chère Flemmeuse qui a envie de rire et de partager
Ce besoin de lien n'est ni futile, ni superflu. Il participe réellement à notre équilibre. Et les données disponibles montrent qu'au moins dans certains pays, comme les États-Unis, les réseaux amicaux se sont nettement contractés au fil des décennies — et qu'en France aussi, l'isolement relationnel a nettement progressé au cours de la décennie 2010–2020, en touchant des profils de plus en plus variés.
Ça fait partie des choses importantes.
Le Courrier, la Bulle, et tout ce qu'une box peut provoquer
Flemme Day n'a pas été pensée uniquement pour recevoir des produits dans une boîte. Il y a aussi La Bulle des Flemmeuses : des articles pour mettre des mots sur ce qu'on vit, mais aussi un espace pour réagir, raconter, ne pas être forcément d'accord — et découvrir que certaines questions qu'on pensait très personnelles sont parfois largement partagées.
Et il y a Le Courrier des Flemmeuses : des histoires, des questions, des réponses et des morceaux de vie partagés entre femmes qui ne se connaissent pas forcément, mais qui se reconnaissent parfois très vite.
Et puis il y a les moments qu'une box peut provoquer hors de la box : envoyer une photo à une copine, tester quelque chose ensemble, appeler celle qu'on devait rappeler « depuis trois semaines », ou simplement avoir un nouveau sujet dont rire.
Parce que parfois, le lien ne demande pas une grande occasion. Juste un prétexte.
Sources
Bidart, C. (1997). L'amitié, un lien social. Paris : La Découverte.
Fondation de France / CREDOC. Baromètre des solitudes — 10 ans d'observation de l'isolement relationnel (2020).
Taylor, S. E., Klein, L. C., Lewis, B. P., Gruenewald, T. L., Gurung, R. A. R., & Updegraff, J. A. (2000). Biobehavioral responses to stress in females: Tend-and-befriend, not fight-or-flight. Psychological Review, 107(3), 411–429. doi.org/10.1037/0033-295X.107.3.411
Manninen, S. et al. (2017). Social Laughter Triggers Endogenous Opioid Release in Humans. Journal of Neuroscience, 37(25), 6125–6131. doi.org/10.1523/JNEUROSCI.0688-16.2017
Dunbar, R. I. M. (2022). Laughter and its role in the evolution of human social bonding. Philosophical Transactions of the Royal Society B, 377(1863), 20210176. doi.org/10.1098/rstb.2021.0176
Survey Center on American Life. (2021). The State of American Friendship: Change, Challenges, and Loss.
Cox, D. A. & Pressler, S. (2024). Disconnected: The Growing Class Divide in American Civic Life. Survey Center on American Life.